Maintenant que la nouvelle année est passée, il est temps de présenter ses vœux pour 2014. Rassurez-vous : il ne s'agit pas d'aller rendre visite à une grande tante acariâtre suite à une bonne résolution hasardeuse, mais ce sont les fans de cyclisme que nous sommes qui formulons des vœux pour la saison à venir.

Vœu pour 2014 : Un cyclisme moins aseptisé

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Maintenant que la nouvelle année est passée, il est temps de présenter ses vœux pour 2014. Rassurez-vous : il ne s’agit pas d’aller rendre visite à une grande tante acariâtre suite à une bonne résolution hasardeuse, mais ce sont les fans de cyclisme que nous sommes qui formulons des vœux  pour la saison à venir.

Si nous n’en retenions qu’un, ce serait celui-là : rendre le sport cycliste moins aseptisé. Kézako ? Pourquoi ce vocabulaire médical dans un sport gangrené par le dopage dont chaque performance est désormais suspecte aux yeux du grand public ? Pour faire simple,  ce que j’aimerais (oui, l’auteur a repris l’usage de la 1ère personne du singulier, ça fait moins schizophrène. Ou Gollum pour les fans de Tolkien), c’est que le sport nous vende du rêve.

Attention ! Quand je dis du rêve, je ne parle pas d’escalader le Ventoux à vitesse supersonique (j’ai déjà expliqué là que je n’appréciais guère cela).

Non, quand je dis rêve, je ne parle pas d’étapes dantesques dans les Pyrénées réduites à des courses de côte.

Non, quand je dis rêve, je ne parle pas de courses de trois semaines ennuyeuses à mourir car cadenassées à la fois par une équipe de mastodontes et par le manque d’allant offensif des favoris. D’ailleurs, le mot “asepsie” vient également de là. J’en ai marre de voir une équipe régler sa cadence au watt près dans les cols pour être bien certaine que personne n’attaquera. J’en ai marre de voir un maillot jaune se retourner et appeler son directeur sportif pour savoir s’il a bien fait d’attaquer, j’en ai marre d’avoir l’impression de connaître le scénario d’une course en lisant seulement la liste des engagés.

Non, quand je dis rêve, je parle de courses imprévisibles, de choix tactiques invraisemblables a priori, de renversements de situation, bref de ce qui fait le charme du vélo et ce pourquoi nous l’aimons.

Parmi les courses récentes (disons, dans la dernière décennie), deux et demi (vous comprendrez pourquoi) ont retenu mon attention et surtout, m’ont fait vibrer.

– Le joyeux bazar du Giro 2010. Déjà, ça avait “mal” commencé, enfin pour les chefs des grosses écuries : le départ des Pays-Bas, ses chutes et ses bordures, les attaques de Nibali dans le final des étapes de plaine, les Strade Bianche… Un classement chamboulé en permanence, jusqu’au plus gros coup de Trafalgar des dix dernières années : l’étape de l’Aquila. 262 kilomètres accidentés. Un régal pour les baroudeurs a priori, une étape de transition avant les grosses difficultés… Sauf quand il pleut des cordes et que 50 (!) coureurs décident de se faire la malle d’entrée. Parmi eux Richie Porte, maillot rose au soir de l’étape, Voeckler, Pineau (alors en lice pour le maillot rouge), Sastre mais surtout Bradley Wiggins, déçu de son début de Giro et David Arroyo. Ces deux derniers ne sont pas venus les mains vides : trois coéquipiers pour Wiggins et un mais qui en vaut trois sur ce type de parcours pour Arroyo : Vasil Kyrienka. Résultat : 12 minutes 42 secondes de retard pour le groupe maillot rose. David Arroyo ne perdra son paletot de leader que le dernier jour, après une résistance héroïque. Pour l’anecdote, Petrov remporte l’étape, après que Voeckler et Pineau aient bien fait en sorte qu’aucun des deux ne s’impose.

– Mon demi-point va au Tour 2006. Un scénario digne de ce qui s’était passé cinquante ans plus tôt (victoire de Walkowiak) : Pereiro qui reprend 29′ sur une échappée, perd le maillot à l’Alpe, le reprend à la Toussuire suite à la défaillance de Landis, lequel réalise un one man show le lendemain, grâce à une bière détonante qui lui coûtera son titre sur tapis vert quelques mois plus tard. Un feu d’artifice gâché par les artificiers.

– Enfin, ma course récente préférée : le Dauphine Libéré 2005. Après un début de course plutôt classique (duel Leipheimer-Botero sur le chrono, ce dernier perd du terrain au Ventoux), la cinquième étape se profile entre Vaison-la-Romaine et Grenoble. Là encore, une étape a priori de transition. Une échappée se dessine avec entre autres Iñigo Landaluze, alors 10e au général, qui espère bien se rapprocher du top 5, et ce d’autant plus que le peloton laisse un peu filer. Et là, à cent kilomètres de l’arrivée, Axel Merckx se souvient subitement de son patronyme et part, seul. Le groupe des poursuivants ne réagit pas vraiment et pour être bien certain que cette étape ne comporte pas une once de cohérence, Landaluze part lui aussi tout seul. Le plus dingue, c’est que chacun réussit son pari : Merckx l’emporte avec 2’15” d’avance sur le Basque, lequel revêt le maillot jaune avec 2’32” de marge sur le Belge et un peu plus sur Leipheimer. Vexé, Santiago Botero réagira le lendemain en partant lui aussi en échappée, avant de réaliser un de ces “sacrés numéros” trop chers à Thierry Adam, aux dépens de David Moncoutié. Botero pense s’emparer du paletot mais non, Landaluze a serré les dents et conservé 49s de marge sur le Colombien. Infime, pour beaucoup, avant l’étape de Sallanches et la répétition de l’infâme côte de Domancy (aucun temps mort, des passages à 10%… le genre de côte à permettre à Hinault de devenir champion du monde, quoi). Cette dernière étape ressemble à s’y méprendre à “l’Histoire sans fin”. A chaque ascension, Botero plante une banderille. A chaque fois, Landaluze serre les dents et revient dans la descente. Il trouvera même des alliés de circonstance (Eddy Mazzoleni en tête), à tel point que Jean-François Quenet parlera dans son Livre d’Or 2005 du cyclisme d’une partie de téléachat en direct. Et ça paye, malgré une ultime attaque de Botero dans l’ascension finale, Landaluze conserve 11 secondes d’avance et devient le vainqueur le plus inattendu du Dauphiné Libéré.

Alors certes dans ce dernier cas, le fait que la course ait été achetée semble évident. Mais comme dans le Giro la même année où le maillot rose de Savoldelli avait été sauvé par Mauricio Ardila et Wim Van Huffel de la Lotto, cela fait la beauté du sport et existe dans toutes les disciplines. Et entre du “téléachat” et l’asepsie, mon choix est fait. J’ai vibré pour Landaluze, jamais pour Sky, hormis lors de l’arrivée à Peña Cabarga en 2011.

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